Neutralité et engagement

« L’ouvrage de Mme Vonèche Cardia met en lumière l’infinie complexité des relations entre le CICR et la Suisse au cours de cette période dramatique de la Seconde Guerre mondiale, et révèle que les rapports de dépendance – contrairement à ce qu’on a cru – étaient loin d’être unilatéraux. En effet, la Suisse et le CICR ont conduit l’une comme l’autre une politique humanitaire perçue comme essentielle à leur survie ; leurs rapports étaient faits d’un subtil mélange de collaboration et de soutien réciproque, n’excluant pas certaines formes de rivalité. Cet ouvrage projette donc un nouvel éclairage sur l’histoire du CICR comme sur celle de la Suisse et permet de mieux comprendre les contraintes dans lesquelles s’inscrit l’action humanitaire lorsqu’elle est prise dans un environnement de guerre totale. À ce titre, il mérite de retenir l’attention, non seulement des historiens qui se penchent sur cette période dramatique, mais également de toutes les femmes et de tous les hommes de bonne volonté qui se sentent concernés par le développement de l’action humanitaire. »

Extrait de l’Avant-propos de Cornelio Sommaruga

« C’est l’un des apports importants du livre d’Isabelle Vonèche Cardia que de montrer à quel point, dans le contexte de la guerre d’extermination menée en Europe par le national-socialisme, l’approche juridique et rationnelle, fondée sur la délibération et la négociation pusillanime – y compris au sein des instances dirigeantes du CICR et du gouvernement fédéral –, n’a ni intégré, ni même réellement saisi la spécificité de la violence génocidaire. À la décharge des acteurs, peu l’ont compris à l’époque. »

Extrait de la Préface d’Henry Rousso

Isabelle Vonèche Cardia est docteur en histoire contemporaine de l’Université de Paris X – Nanterre et titulaire d’un master en relations internationales de l’Institut de hautes études internationales et du développement de l’Université de Genève. Elle est spécialiste de l’histoire du Comité international de la Croix-Rouge. Elle a travaillé au siège du CICR à Genève pendant cinq ans, ainsi que pour les Nations unies et diverses ONG en Afrique. Auteur d’un ouvrage sur l’action du CICR en Hongrie en 1956 et de plusieurs articles liés à l’histoire du CICR.

(www.shsr.ch)

Projet de pont couvert sur l’Allondon, XIXème siècle

AEG, Travaux B10

L’année à Genève semble dédiée aux ponts ! Les ponts vieux de 2000 ans que l’on retrouve à Carouge, les ponts du XXIème siècle que l’on inaugure, mais également les ponts qui mènent à la démocratie et dont les passeurs se nomment Aung San Suu Kyi ou Kofi Annan.

Voilà un pont retrouvé au gré de recherches, resté à l’état de plan !

par C. Vuilleumier

Luxes et imitations XVIII-XXe siècle / Luxury and imitation, 18th-20th century

Mardi 26 juin 2012  |  Neuchâtel (Suisse)

Entre le XVIIIe et le XXe siècle, l’industrialisation des moyens de production, l’extension des marchés avec les jeux de barrières douanières et la question des coûts de transports, la complexité de l’identification des qualités et des provenances de produits dont le prix élevé attise la convoitise, conditionnent et justifient l’apparition et l’essor d’imitations. Dans ce mouvement, il nous semble important de réfléchir sur l’incidence de l’offre d’imitation sur la conception des produits de luxe et le renouvellement de leur consommation.

Dès l’Ancien Régime l’engouement pour des produits haut de gamme d’un prix élevé a conduit des fabricants à développer des offres d’imitations ou d’inspirations déclinées dans des factures, des matières moins onéreuses et d’une disponibilité plus aisée. Cette pratique ne saurait être comprise sans être inscrite dans des jeux sociaux imposant un cycle de consommation dispendieux qu’il importe de suivre pour satisfaire à l’exigence de son rang. Aussi nous souhaiterions saisir le rôle des imitations dans la transformation des systèmes de production et modes de consommations des produits de luxe entre les XVIIIe et XXe siècles. Durant cette période, l’industrialisation des moyens de production, l’extension des marchés avec les jeux de barrières douanières et la question des coûts de transports, la complexité de l’identification des qualités et des provenances de produits dont le prix élevé attise la convoitise, conditionnent et justifient l’apparition et l’essor d’imitations. Dans ce mouvement, il nous semble important de réfléchir sur l’incidence de cette offre d’imitation sur la conception des produits de luxe et le renouvellement de leur consommation. L’élaboration de droits de propriétés industrielle et intellectuelle, détermine dès lors des contrefaçons qui font une concurrence souvent frontale aux produits d’origine et à leurs marques. Mais qu’il s’agisse d’imitations ou de contrefaçons nous souhaiterions saisir l’influence qu’elles exercent sur les marchés des produits de luxe et sur leurs changements de statut social et économique en déterminant les phénomènes de déclassement, de réévaluation ou d’abandon ou de transformation.

Trois thématiques guideront la réflexion :

  1. L’imitation : un chemin d’accès à la maitrise des savoir-faire, de techniques. Un chemin pour l’innovation de produits ?
  2. L’imitation : un chemin d’accès au marché, une phase du développement des entreprises ?
  3. L’imitation : un espace de redistribution sociale et économique des luxes ?

Programme :

Mardi 26 Juin

  • 13h30-14h. Accueil des participants :
  • 14h-14h30 : Nadège Sougy, Université de Neuchâtel, Enjeux et débats luxes et imitations (XVIIIe-XXe siècles).

1°-Présidence Luigi Giovanni Fontana, Université de Padoue

  • 14h30-15h : Corine Maitte, Université de Paris Est Marne la Vallée, Imitation, copie, contrefaçon, faux: définitions et pratiques sous l’Ancien Régime.
  • 15h-15h30 : Marie-Agnès Dequidt, Université Paris Est, Copier l’art ou la manière ? L’imitation de l’horlogerie parisienne (fin XVIIIe – début XIXe siècle).
  • 15h30-15h45 : Pause
  • 15h45-16h15 : Riccardo Cella, Université de Verone, “… non potendo detta insegna esser levata da altri della stessa professione”: marchi di fabbrica e contraffazione a Venezia nel XVIII secolo.
  • 16h15-16h45 : Audrey Millet, Université de Neuchâtel, La manufacture de Sèvres ou les stratégies de l’imitation. Entre acquisition d’un savoir-faire et marqueur d’identité (XVIIIe – XIXe siècles).
  • 16h45-17h30 : Discussion

Mercredi 27 Juin

2°-Présidence : Patrick Verley, Université de Genève

  • 9h-9h30 : Manuel Charpy, CNRS / IRHIS Université de Lille III, Imiter, reproduire et copier. Les objets d’imitation dans les intérieurs parisiens du XIXe siècle.
  • 9h30-10h : Elodie Voillot, Institut national d’histoire de l’art, Imiter sans copier, imiter pour créer : les détours de la contrefaçon dans le bronze d’art au XIXe siècle.
  • 10h-10h30 : Eugénie Briot, Université de Paris Est Marne la Vallée, Imiter les matières premières naturelles : Les corps odorants de synthèse, voie du luxe et de la démocratisation pour la parfumerie du XIXe siècle.
  • 10h30-10h45 : Pause
  • 10h45-11h15 : Francesc Valls, Université de Barcelone, The origins, development and international success of a champagne imitation: the Catalan cava industry.
  • 11h15-11h45 : Anaïs Albert, Université de Paris I Panthéon Sorbonne, La démocratisation du luxe : consommer des imitations à Paris à la Belle Epoque.
  • 11h45-12h30 : Discussion
  • 12h30-14h : Déjeuner

3°-Présidence : Marco Belfanti, Université de Brescia

  • 14h-14h30 : Véronique Pouillard, Harvard Business School, Couture et copie: les associations professionnelles parisiennes et new-yorkaises pendant la première moitié du 20e siècle.
  • 14h30-15h00 : Florent Le Bot, ENS Cachan, De quoi la porcelaine de Limoges est-elle le nom ? Translucidité, blancheur et décors ou la difficulté de s’entendre sur les spécificités de la porcelaine.
  • 15h00-15h30 : Florence Brachet Champsaur, Institut d’histoire du temps présent, Revisiter les relations entre la couture et les grands magasins. Le cas des Galeries Lafayette.
  • 15h30-16h : Discussion.

16h-17h : Table ronde :

  • Christian Bessy, IDHE Cachan
  • Claire Lemercier, CNRS Sciences Po Paris
  • Nathalie Tissot, Université de Neuchâtel
  • Nadège Sougy, Université de Neuchâtel
  • Marco Belfanti, Université de Brescia
  • Eugénie Briot, Université de Paris Est Marne la Vallée
  • Luigi Giovanni Fontana, Université de Padoue
  • Florent Le Bot, ENS Cachan
  • Corine Maitte, Université de Paris Est Marne la Vallée
  • Patrick Verley, Université de Genève.

http://calenda.revues.org/nouvelle24167.html?utm_source=lettre

Pierre KROPOTKINE

A l’instar de Bakounine, Proudhon ou Jean Grave, Pierre Kropotkine [Piotr Alexeïevitch Kropotkine] (1842-1921), fut l’un des principaux théoriciens de l’anarchisme collectiviste. Surnommé le prince de l’anarchisme (il était issu de la plus haute aristocratie moscovite), Kropotkine était un éminent géographe, comme son ami et collègue Élisée Reclus, avec qui il fonda le journal anarchiste Le Révolté. Fidèle de Bakounine, il fut l’auteur de nombreux principes de l’anarchisme, un anarchisme optimiste et humaniste, libertaire, inspiré du marxisme, et qui faisait appel à la coopération et au collectivisme, tout à l’inverse, par exemple, de l’anarchisme individualiste d’un Max Stirner.

Il pourrait paraître étonnant, pour ne pas dire absolument invraisemblable, qu’un homme comme Rathenau se réclamât du marxisme, et plus encore de Kropotkine, d’autant que l’on sait que les marxistes et les anarchistes ne se sont jamais véritablement entendu, en témoignent les attaques de Marx à l’encontre de Stirner tout d’abord, puis celle, célèbre entre toutes, à l’encontre de Proudhon…  Mais le caractère de l’anarchiste Kropotkine avait toutefois de quoi séduire un homme tel que Rathenau. Car l’anarchiste était, par exemple, apprécié de la critique littéraire, et il fut considéré avant tout comme un modéré et un adversaire de la violence (même si, l’une des phrases les plus largement citées de Kropotkine à notre époque, demeure : « La révolte permanente par la parole, par l’écrit, par le poignard, le fusil, la dynamite, […] tout est bon pour nous, qui n’est pas la légalité »). Mais R. Kedward rappelle dans son ouvrage consacré aux anarchistes : « Non seulement Koprotkine condamna Ravachol [célèbre anarchiste poseur de bombes] et prêcha la modération, mais encore il vécut dans un paisible exil en Angleterre pendant plus de trente ans, de 1886 à 1917, résidant dans de petites villas de Brighton et d’Hammersmith, jouant du piano, écrivant de nombreux ouvrages, pamphlets et lettres, et offrant le thé à des intellectuels de tout genre. George Bernard Shaw disait de lui :  » Il était amical jusqu’à la sainteté… Et sa seule faiblesse était sa manie de prédire la guerre pour la quinzaine suivante «  » .

Ainsi Kropotkine était véritablement un théoricien, qui toute sa vie se sera tenu bien loin de l’action ; il n’envisagea la révolution que par la puissance de ses mots, une approche politique qui dut certainement enthousiasmer l’écrivain qu’était Rathenau. Secondement, l’approche collectiviste de Kropotkine rencontra certainement un autre impact notable sur la vision politique de Rathenau, comme le laisse présager cet extrait d’une brochure écrite de sa main : « Les diverses entreprises ne verront plus se renforcer en elles l’esprit de l’économie privée : d’elles-mêmes, elles se placeront dans la sphère d’influence de la communauté, et se laisseront pénétrer par le souci de la responsabilité collective et la prospérité de l’État ».

Bien entendu, la « communauté de production » qui, dès les années 1914, deviendra l’une des idées-force de Rathenau, si elle s’inspire bien de la théorie de Kropotkine, ne saurait faire du grand capitaliste allemand un « disciple » de l’anarchiste, puisque, pour Rathenau, s’il prône effectivement l’égalisation des fortunes et des revenus, le collectivisme demeurait néanmoins au service unique de l’Etat, « qui doit rester le seul individu immensément riche ». Ceci n’épouse que très imparfaitement les thèses de Kropotkine qui aspirait, lui, à l’abolition de toutes les formes de gouvernement par une libre fédération des groupes de producteurs et de consommateurs.

En définitive, on rencontrera bien plus facilement des divergences notoires entre les deux hommes que de réelles affinités. Particulièrement méfiant à l’encontre du progrès et du scientisme, Kropotkine déclarait par exemple, en 1885, dans sa lettre aux jeunes gens : « Et vous, jeune ingénieur, qui rêvez d’améliorer, par les applications de la science à l’industrie, le sort des travailleurs, – quel triste désenchantement, quels déboires vous attendent ! Vous donnez l’énergie juvénile de votre intelligence à l’élaboration d’un projet de voie ferrée qui, serpentant aux bords des précipices et perçant le cœur des géants de granit, ira rallier deux pays séparés par la nature. Mais une fois à l’œuvre, vous voyez dans ce sombre tunnel, des bataillons ouvriers décimés par les privations et les maladies ; vous en voyez d’autres retourner chez soi, emportant à peine quelques sous et les germes indubitables de phtisie, vous voyez les cadavres humains – marquer chaque mètre d’avancement de votre voie, et, cette voie terminée, vous voyez enfin qu’elle devient un chemin pour les canons des envahisseurs… Vous avez voué votre jeunesse à une découverte qui doit simplifier la production, et après bien des efforts, bien des nuits sans sommeil, vous voilà enfin en possession de cette précieuse découverte. Vous l’appliquez, et le résultat dépasse vos espérances. Dix mille, vingt mille ouvriers seront jetés sur le pavé ! Ceux qui restent, des enfants pour la plupart, seront réduits à l’état de machines ! Trois, quatre, dix patrons feront fortune et  » boiront le champagne à plein verre…  » Est-ce cela que vous avez rêvé ? ». Nul doute que M. Rathenau, malgré les nombreuses contradictions qui firent sa personne, n’osa jamais écrire avec autant de véhémence.

Voir : « http://www.editions-delcourt.fr/fritzhaber/spip.php?article68 »

L’an 58 av. J.-C. – L’an 888 – 10 août 1792. Trois dates importantes de l’histoire suisse

Table ronde avec Gilbert Kaenel, François Demotz et Alain-Jacques Tornare
mercredi, 13 juin 2012, 18h30
entrée libre
inscription indispensable.

A l’occasion de ses 10 ans, la Collection Le savoir suisse lance sa nouvelle série « Les grandes dates de l’histoire  ». Les trois premiers ouvrages seront présentés à la Bibliothèque nationale suisse en présence de leurs auteurs :

  • « L’an -58 : Les Helvètes. Archéologie d’un peuple celte », par Gilbert Kaenel, directeur du Musée cantonal d’archéologie et d’histoire de Lausanne
  • « L’an 888 : Le royaume de Bourgogne. Une puissance européenne au bord du Léman », par François Demotz, historien français spécialiste de l’époque post-carolingienne
  • « 10 août 1792 : Les Tuileries. L’été tragique des relations franco-suisses », par Alain-Jacques Tornare, historien de la Révolution française, attaché à l’Université de Fribourg

Les trois historiens se rencontreront autour d’une table ronde modérée par Olivier Meuwly, conseiller de la Collection Le Savoir suisse pour les ouvrages d’histoire, et Bertil Galland, président du Comité d’édition de la Collection.

http://www.nb.admin.ch/aktuelles/ausstellungen_und_veranstaltungen/00726/01042/03972/04071/index.html?lang=fr

Par BNS

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